Trois ans au service des Scouts d’Europe en Valais
* Trois années comme commissaire : quel bilan fais-tu ?
Un beau bilan ! Ce sont trois années de rencontres enrichissantes avec les chefs valaisans, les jeunes de leurs unités et les parents, mais aussi avec les autres chefs et commissaires suisses, et même des rencontres internationales grâce à la dimension européenne.
* Quel a été ton plus grand défi ?
Les Scouts d’Europe sont présents depuis maintenant 10 ans en Valais. C’est très peu, et il y a beaucoup à mettre en place. Mon prédécesseur a, durant son service, ouvert les unités, trouvé les familles qui nous ont fait confiance et créé une dynamique incroyable avec des chefs à la motivation inégalable. J’ai poursuivi dans sa lancée. Il a fallu tout d’abord faire connaître et reconnaître ce mouvement auprès de nos interlocuteurs, notamment auprès de l’évêque de Sion et auprès des autres mouvements diocésains et des paroisses, en expliquant qui nous sommes et qui nous ne sommes pas, ce que nous faisons et ce que nous ne faisons pas. Beaucoup ont connu les scouts encore catholiques et attachés à une paroisse ou un village. Nous, nous n’avons pas d’implantation aussi « fixe ». Cela a souvent suscité de l’incompréhension.
* Qu’est-ce qui fait justement la spécificité des Scouts d’Europe par rapport à d’autres groupes scouts ?
Dans notre identité, deux notions nous distinguent concrètement d’autres groupes scouts : notre dimension européenne et notre attachement à la foi catholique.
Notre dimension européenne nous pousse à sortir de nos unités bien valaisannes et même de notre mouvement bien suisse : il y a des Scouts d’Europe partout en Europe, avec le même uniforme, la même pédagogie et les mêmes aspirations, notamment celle très louable de construire une vraie paix entre les peuples. Cela nous renvoie inévitablement aux fondements du scoutisme : construire une fraternité pour éviter de nouvelles guerres. Cette dimension européenne se vie ponctuellement lors de grands rassemblements comme celui de 2027 à Rome. Nos chefs, qui vont aussi régulièrement se former en France, ressentent aussi pleinement ce côté international en côtoyant sur le lieu de camps d’autres chefs venus se former de tous les pays voisins.
Ensuite, notre attachement à la foi catholique est également un pilier de notre mouvement. Dans les cinq buts du scoutisme, il y a le « sens de Dieu ». Cela dépasse la simple participation, lors du camp, à la messe dominicale. Nous invitons Dieu de manière concrète à tous les moments de nos activités : la prière au début du rassemblement et la prière de clôture, les bénédicités avant et les grâces après les repas, l’Angélus, la messe et les autres sacrements grâce aux nombreux prêtres qui nous accompagnent (merci à eux !). Nous ne sommes pas un séminaire, mais nous voulons apprendre à nos jeunes à compter sur Dieu dans leurs vies, comme ils pourront compter sur les nœuds qu’ils ont appris à faire. Cet attachement est présent dans nos principes (« Fils de la Chrétienté, le scout est fier de sa foi : il travaille à établir le règne du Christ dans toute sa vie et dans le monde qui l’entoure »), dans notre promesse (« Sur mon honneur, avec la grâce de Dieu, je m’engage à servir de mon mieux Dieu, l’Eglise, ma patrie et l’Europe ») ou lorsque le scout se préparer à monter au clan (« [J’en attends, de la route] qu’elle fasse de moi un homme actif, un Suisse utile, un chrétien rayonnant »).
Il y a ensuite d’autres spécificités, que l’on peut plus facilement reconnaître visuellement : nous avons gardé l’intégralité de notre uniforme, que l’on porte fièrement. Celui des filles n’est pas le même que celui des garçons, et nous amène à une autre spécificité : aux Scouts d’Europe, les unités ne sont pas mixtes. Elles sont également réparties selon trois tranches d’âges (7-12, 12-17, 17-19). Nous sommes convaincus qu’en suivant ce modèle, nous offrons à chacun un environnement propice dans lequel le jeune se retrouvera pleinement, parce qu’il est au milieu de ses pairs, qui au même âge ont les mêmes questions ou traversent les mêmes épreuves. Enfin, dans notre mouvement, il y aussi une certaine hiérarchie, qui pousse et stimule également les chefs : on attend d’un chef qu’il consulte ses assistants, puis qu’il décide et agisse responsablement selon sa décision. De nos jours, où tout est lissé à l’horizontale, ce n’est plus une évidence !
* Quel rôle le scoutisme peut-il jouer dans le cheminement spirituel d’un jeune ?
Le scoutisme européen offre à un jeune un créneau et un environnement dans lesquels il pourra faire grandir sa foi en la vivant avec les autres jeunes. Tous ensemble peuvent prier sans craindre les moqueries ou les regards de travers. Notre mouvement prévoit aussi que chaque unité ait un conseiller religieux, soit un prêtre diocésain qui accompagne l’unité. Lors de sa présence au camp ou en activité, il peut évidemment confesser, proposer un temps d’adoration ou célébrer la messe, mais il peut surtout répondre aux questions, nombreuses, que les jeunes ont sur la foi, sur l’Eglise, et sur les positions à assumer dans le monde d’aujourd’hui.
Et cela ne vaut pas que pour les jeunes, mais aussi pour les chefs, moi y compris. En arrivant dans ce mouvement en 2020, j’ai été véritablement porté par les grands moments de prière que nous avons vécus entre chefs : des adorations au clair de lune dans la forêt, des laudes chantées dans une toute petite chapelle de montagne, des chapelets récités joyeusement durant la marche. Ces moments ne sont pas seulement beaux, ils sont véritablement ressourçants !
* Quel a été ton plus beau souvenir ?
A la fin du mois de décembre 2024, dans un groupe composé de 13 chefs valaisans, nous avons eu l’occasion de nous rendre en pèlerinage à Rome, à l’occasion de l’Année sainte qui venait de débuter. Nous avons pu assister aux Vêpres et Te Deum, ainsi qu’à la messe de l’An aux côtés du Pape François. Et nous avons également eu l’occasion de passer le cap de la nouvelle année dans cette ville si particulière et si symbolique. Ce voyage nous a encore davantage rapprochés et nous a permis de partager une nouvelle expérience spirituelle très fort !
* Qu’est-ce que les jeunes viennent chercher aujourd’hui dans le scoutisme ?
Je crois qu’ils viennent chercher quelque chose d’exigeant, d’authentique et d’enraciné. Et ils viennent sans doute aussi chercher des amitiés sincères et profondes. Une nuit passée sous tente, dans la fraîcheur de la montagne, et un réveil aux aurores pour louer la beauté de la Création, cela offre tout ce que les jeunes espèrent et attendent. Il ne faut pas avoir peur, aujourd’hui, de les faire sortir un peu de la zone de confort si moelleuse du canapé. Les principes du scoutisme offrent tout ce dont les jeunes ont besoin. A nous d’y rester fidèles !
* Qu’as-tu appris personnellement à travers cette responsabilité ?
J’ai appris à ne pas m’installer dans une zone de confort ! En tant que commissaire de district, mon rôle principal était d’animer la communauté des chefs, afin qu’ils puissent aussi vivre de ce scoutisme et recevoir, eux qui donnent tellement aux jeunes qui leur sont confiés. C’est exigeant de chercher à garder vive la stimulation de tous et à fédérer. C’était un bel exercice !
* Y a-t-il un projet que tu aimerais voir se poursuivre ou se développer dans les prochaines années ?
Le Scoutisme Européen en Valais est dans un tournant crucial. Les premières années, nous avons pu compter sur quelques familles aux nombreuses ramifications, qui ont cru en notre projet et qui se sont énormément investies, en acceptant toutes les charges qui étaient libres. On ne peut pas leur en vouloir, depuis 2 ou 3 ans, de chercher à passer la main. De l’autre côté, nous avons mis du temps à pouvoir ouvrir les unités destinées aux plus grands (pour les filles de 17 à 19 ans : le feu ; pour les garçons du même âge : le clan). Cela ne fait que peu de temps que nous avons une envergure qui permet de faire toute une « carrière » scoute, de l’âge louveteau jusqu’à devenir chef, sans quitter le mouvement. Mais nous n’avons pas encore suffisamment d’années de présence pour créer un vrai « roulement », avec des nouveaux membres qui seraient déjà les enfants d’anciens scouts. Cela nous met en difficulté pour trouver suffisamment de monde pour s’investir comme chef ou assistant, au point que cette année, nous devons accueillir moins d’enfants que l’année passée, alors que la demande est en hausse, simplement parce que nous n’avons pas assez de chefs pour les encadrer. J’estime que cette situation délicate va encore durer trois ou quatre ans. Alors mon seul souhait, c’est que le Scoutisme Européen perdure en Valais, même s’il doit momentanément réduire la voilure. Peut-être que cela nous aidera à encore mieux nous ancrer dans notre pédagogie. Et, pour ne jamais nous refermer sur nous-mêmes, il nous faudra toujours garder la capacité à aller recruter de nouveaux chefs en dehors de nos rangs, parmi des gens qui, comme moi, ne connaissaient rien au scoutisme avant d’enfiler un uniforme de chef.
* Au moment de passer le flambeau, quel message aimerais-tu adresser aux scouts du Valais ?
Notre société a besoin de jeunes qui se sentent bien dans leurs baskets. Notre Eglise a besoin de jeunes qui s’engagent concrètement et moralement pour servir et défendre l’Evangile. Ne craignez pas d’aller à contre-courant. Misez sur Dieu, et cheminez, avec le scoutisme, vers la sainteté !
Loris Follonier, propos recueillis par Aline Jacquier