"J’ai ressenti au fond de moi le désir de n’être qu’à Lui, totalement"

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Jeunes Vocations Témoignages

Dans le cadre de l’année de prière pour les vocations presbytérales et religieuses, nous poursuivons notre série de rencontres avec sœur Cornélia, de la Communauté des Béatitudes à Venthône. De son enfance en Roumanie à la découverte de sa vocation à l’adolescence, elle nous partage son parcours, ses joies et ce qui donne aujourd’hui tout son sens à sa vie religieuse.

Où avez-vous grandi et dans quelle famille ? 

Je suis née et j’ai grandi en Roumanie, dans une famille catholique - ma mère était orthodoxe avant son mariage. Je suis fille unique. Ma ville natale, Bacău, dans le nord-est du pays, comptait à l’époque environ 150 000 habitants. Bien que j’aie toujours regretté de ne pas avoir de frères et sœurs, nous habitions dans un immeuble plein de jeunes familles, ce qui m’a permis de me faire beaucoup d’amis. J’ai eu une enfance heureuse.

Jusqu’à mes 10 ans, mon pays était sous le régime communiste et j’en garde de nombreux souvenirs. Les catholiques étaient minoritaires. Nous pouvions pratiquer notre foi, mais il fallait rester très discrets. Chaque dimanche, nous allions à la messe dans une église du centre-ville, toujours bondée et non chauffée en hiver.

Je me souviens particulièrement de la préparation à ma première communion, à 8 ans. Pendant un mois, je devais marcher seule une demi-heure chaque jour pour rejoindre l’église paroissiale, où la préparation durait près de deux heures. Je transportais mon petit catéchisme soigneusement enveloppé, par discrétion. Si je croisais des connaissances qui me demandaient où j’allais, mon père m’avait appris à répondre simplement : « En ville ! » Certains étaient très surpris de ma réponse.


Quand vous étiez enfant ou adolescent, qu’est-ce que vous imaginiez faire plus tard ?


Je m’imaginais souvent enseignante, mais j’ai aussi envisagé la médecine. J’étais passionnée par des matières très différentes, comme les mathématiques, la physique ou la littérature, et j’ai participé à de nombreux concours scolaires. À 14 ans, je suis même arrivée jusqu’à l’étape nationale d’un concours de langue et littérature. Finalement, avant mon entrée dans la communauté, j’ai enseigné la littérature au lycée pendant six ans.

Comment l’idée de devenir religieuse est-elle entrée dans votre vie ?

La perspective de la vie consacrée s’est ouverte à moi de manière surprenante, vers l’âge de 13 ans. Un jour, un garçon catholique de ma classe m’a parlé d’une autre élève qui allait à la messe tous les jours. Pour ma part, j’y allais chaque dimanche avec mes parents, par obligation, sans toujours en avoir envie ni entretenir de véritable relation avec le Seigneur. En entendant cela, je me suis dit : « Dieu est important pour elle. » J’ai alors ressenti pour la première fois un désir de Dieu très profond.

Petit à petit, ma vie a changé. Je me suis sentie fortement attirée par la prière, la communion eucharistique et la lecture spirituelle. J’ai rejoint le groupe de jeunes de la paroisse, où plusieurs partageaient cette même soif.

Puis, à 13 ans et demi, pendant le silence qui suivait la communion, j’ai senti intérieurement le regard de Jésus posé sur moi. Dans ce regard, il y avait un amour immense et personnel, impossible à exprimer avec des mots. En même temps, j’ai ressenti au fond de moi le désir de n’être qu’à Lui, totalement.

Il m’a fallu du temps pour comprendre ce que cela signifiait. À 14 ans, je suis tombée par hasard sur Histoire d’une âme, l’autobiographie de sainte Thérèse de Lisieux. En la lisant, j’ai compris qu’il s’agissait, pour moi aussi, d’un appel du Seigneur à la vie consacrée. J’étais à la fois heureuse et bouleversée, car je m’étais toujours imaginée mariée, avec beaucoup d’enfants !

Pourquoi avoir choisi la Communauté des Béatitudes ? 

La Communauté des Béatitudes n’existe pas dans mon pays. Un jeune de notre groupe paroissial avait reçu une cassette vidéo présentant une communauté nouvelle qui vivait et priait « comme la première communauté chrétienne ». La vidéo était en français et plusieurs jeunes ont voulu la regarder. À peu près au même moment, notre jeune prêtre, francophile, avait lui aussi découvert cette communauté dans un article et en était enthousiasmé.

J’avais alors 15 ans et j’étais en recherche. Plusieurs aspects de cette communauté m’ont profondément attirée : la spiritualité du Carmel, l’adoration quotidienne du Saint-Sacrement, la présence de tous les états de vie, la dimension œcuménique et la prière pour l’unité de l’Église. Ce dernier aspect me touchait particulièrement, puisque ma propre famille est à moitié catholique et à moitié orthodoxe. J’étais également sensible à la prière avec et pour le peuple d’Israël, notamment à travers la prière d’entrée en shabbat.

Cette communauté répondait étonnamment à tous mes désirs. J’y percevais comme une plénitude. Mais je n’avais que 15 ans : il fallait attendre !

À 18 ans, au moment du baccalauréat, j’ai demandé à entrer dans la communauté. À ma grande déception, on m’a répondu non ! On m’a demandé de faire d’abord des études, d’apprendre un métier et de voir ensuite. Je suis finalement entrée plusieurs années plus tard, après avoir étudié, exercé une profession et pris le temps de bien discerner.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous rend le plus heureuse dans votre vie de religieuse ? Et … plus difficile ?

C’est un ensemble de choses qui me rendent heureuse, mais si je devais en choisir une, ce serait la liturgie priée et chantée ensemble, plusieurs fois par jour. C’est particulièrement dans ces moments, comme lors de l’adoration eucharistique, que résonne en moi cette parole d’Edith Stein : « Je suis devant Dieu pour tous. » Il me semble qu’elle donne le sens profond de ma vie.

Quant à ce qui est le plus difficile, je dirais que c’est une souffrance de voir que beaucoup de jeunes aujourd’hui, même parmi les plus fervents dans leur foi, ne se posent presque jamais la question de la vie consacrée. Je suis convaincue que le Seigneur continue pourtant d’appeler.

Si je vous suivais pendant une journée ordinaire, à quoi ressemblerait-elle ?

Nous commençons la journée par les laudes, à 7 h en semaine, suivies du petit-déjeuner en silence et d’un temps personnel de lectio divina. À 8 h 30 débute le travail. Pendant ce temps, le Saint-Sacrement est exposé et chacun se relaie pour une heure d’adoration.

La messe a souvent lieu à 11 h 30, suivie du repas, un moment convivial entre nous ou avec nos hôtes. L’après-midi est consacré au travail et à l’adoration. Vers 18 h, nous prions les vêpres, puis vient le souper.

Nos soirées sont variées : réunions communautaires, veillées de prière, complies, office de Gethsémani le jeudi ou prière d’entrée en shabbat le vendredi.

Notre maison de Venthône a pour mission d’accueillir des groupes pour des temps de ressourcement spirituel, principalement le week-end. Une partie importante de notre travail en semaine est donc consacrée à la préparation de ces accueils.

Quand vous avez quelques heures pour vous, qu’est-ce que vous aimez faire ?

Je suis une passionnée de lecture, j’aime aussi marcher, jouer de la guitare.

avez-vous un talent caché ?

Je ne sais pas si c’est une passion « cachée », mais j’aime beaucoup ce que nous appelons, dans notre communauté, les « danses d’Israël ».

Dans nos maisons, nous prolongeons parfois la fête qui commence le samedi soir avec les « Vêpres de la Résurrection », très solennelles et d’inspiration byzantine, par un temps joyeux et fraternel au réfectoire, autour de ces danses. C’est une forme de louange avec tout notre être, corps et âme, sur des paroles d’origine biblique.

Si une jeune femme se posait aujourd’hui la question de la vie religieuse, que lui diriez-vous ?

Je lui dirais d’abord que c’est déjà magnifique de se poser la question, qu’elle est peut-être à la recherche de la « perle précieuse » pour laquelle ça vaut la peine d’investir toute une vie. Il faut cependant du courage et de la détermination.

En premier, je conseillerais de prier et prendre du temps avec la Parole de Dieu, participer à la vie de l’Église et recevoir souvent les sacrements. Être à l’écoute…

Je lui recommanderais de chercher un accompagnateur spirituel avec expérience, afin de relire son histoire pour discerner les traces éventuelles de cet appel et les motivations profondes. Puis, faire quelques séjours dans des monastères / communautés pour découvrir et discerner la spécificité de cet appel. Le tout enveloppé constamment d’un cœur à cœur avec le Seigneur, son Bien-aimé.

Propos recueillis par Domitille Roduit 

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