Pastorale spécialisée: quel accompagnement pour les personnes en situation de handicap?
Gaëtan, quelles sont tes motivations à t’occuper de la pastorale spécialisée ?
De formation commerciale, ce sont mes voyages en Argentine et au Pérou, dans les prisons et les bidonvilles, qui m’ont sensibilisé à la question sociale et aux grandes questions existentielles.
Quelles sont les tâches du responsable de la pastorale spécialisée ?
Je gère une équipe d’une quinzaine de personnes qui travaillent dans trois domaines : l’enseignement spécialisé, la catéchèse spécialisée et les cours d’éthique et de culture religieuse. J’interviens régulièrement dans les institutions. Je m’occupe également de la préparation des célébrations et des sacrements. Et parfois, c’est moi qui célèbre !
En quoi cette pastorale spécialisée est spécifique ?
Partout où je vais, je ne suis pas chez moi ! Pour ces personnes, la foi n’est pas conceptuelle, elle est autre. Dieu est incarné et la foi s’exprime par le corps, l’expérientiel, la présence et le langage du cœur. J’ai dû apprendre à communiquer différemment.
Et concrètement ?
Par exemple, pour un enfant avec un TSA (autisme), j’ai dû d’abord tartiner une hostie – non consacrée ! – de Nutella parce qu'il refusait de manger du pain azyme. Il a pu ainsi faire finalement sa première communion comme les autres. Pour un autre enfant, nourri par sonde, sa première communion s’est faite avec le sang du Christ – et non le Corps, impossible à avaler pour lui. Le défi est de s’adapter à chaque enfant tout en respectant évidemment la signification profonde du sacrement.
Comment dès lors transmettre la foi à des personnes qui présentent une déficience importante ?
Avec les personnes en situation de handicap, le sens se transmet … par les sens. Il s’agit de vivre une expérience et d’utiliser le symbolique : l’accueil par une bougie, le chant pour la louange, des figurines pour comprendre un passage de la Bible, un coussin pour symboliser la tendresse de Dieu. Mais quel que soit le moyen utilisé, c’est toujours – et d’abord – la joie qui est partagée.
Qu’avez-vous appris durant ces 10 ans de pastorale spécialisée ?
La confiance et l’authenticité ! Lorsque l’on dépend des autres, comme ces personnes, la confiance est totale. Comme celle que nous devrions avoir en Dieu.
Propos recueillis par Pierre Vianin