Nouveaux ministres institués
Pendant longtemps, les ministères du lectorat et de l’acolytat étaient réservés aux seuls candidats au presbytérat, comme des étapes sur leur chemin vers l’ordination. Mais il y a quelques années, le Pape François a décidé d’en élargir l’accès à tous les laïcs, hommes et femmes.
Selon la théologie du Pape, il ne s’agit pas de voir dans ces nouveaux ministères des « promotions », ni des « récompenses ». Les lecteurs et acolytes ne sont ni des « demi-curés », ni des « super-laïcs ». Il s’agit au contraire de considérer chaque ministère, ordonné ou laïc, sur le fondement du baptême. Le Concile Vatican II l’avait déjà fortement rappelé : c’est le « sacerdoce baptismal » qui fonde l’égale dignité de tous les baptisés, et leur commun appel à la sainteté. Il n’y a donc pas de « différence de degrés » entre les vocations. Il n’est pas « mieux » ou « moins bien » d’être laïc, prêtre, religieux, diacre, lecteur, acolyte… L’important, c’est que chacun puisse répondre à sa vocation particulière, et trouver sa manière de vivre son baptême. Le Pape François avait ici des expressions très fortes, parlant de « ministérialité de toute vocation baptismale », ou d’Eglise « tout entière ministérielle », et invitant les conférences épiscopales à envisager encore d’autres nouveaux types de ministères possibles.
Pour le dire autrement, les lecteurs et acolytes institués ne doivent pas être considérés comme une « première classe », au détriment des autres personnes qui rendent ce service – et souvent très bien ! – dans toutes nos paroisses. Il y a, Dieu merci, de très nombreuses personnes qui se mettent à disposition pour lire la Parole de Dieu dans nos assemblées, et cela doit absolument continuer. L’institution au lectorat, qui implique aussi que cet engagement se prolonge dans la durée, doit être envisagée comme une « modalité de la grâce baptismale » : tandis que pour beaucoup le fait de lire la Parole de Dieu à la messe peut être un simple service rendu ponctuellement, il arrive que cette mission prenne pour d’autres personnes une dimension plus forte, coïncidant plus profondément avec leur façon de vivre leur baptême. Si, après discernement communautaire, personnel et ecclésial, il apparaît que « pour telle personne, sa vocation baptismale s’exprime de manière particulière dans ce lien avec la Parole de Dieu », ou si une communauté chrétienne en vient à reconnaître que « cette personne est pour nous visage de la Parole de Dieu », alors l’institution au lectorat peut prendre tout son sens.
La notion de signe est ici déterminante : pour rappeler à tous l’importance de la Parole de Dieu dans la vie chrétienne, il est bon que certains soient explicitement institués, tout comme il est bon qu’il y ait des diacres permanents pour rappeler à chacun le caractère diaconal de toute vocation ecclésiale. En fait, alors qu’une certaine approche voudrait en rester, dans le domaine de la théologie des ministères, à la seule discussion sur les conditions d’accès aux ministères ordonnées, le Pape François a choisi d’élargir la perspective en rappelant que chaque baptisé est invité à trouver sa place dans la structure ministérielle de l’Eglise, sa propre façon de placer sa vocation baptismale au service de la communauté. Merci à celles et ceux qui y répondent, aussi sur ce nouveau chemin des ministères laïcs !
Pierre-Yves Maillard