Martin, garde suisse au cœur de l’histoire
Quand Martin évoque son choix, il ne parle ni d'un rêve d'enfant ni d'un défi personnel. Pour lui, devenir garde suisse s’est imposé naturellement. « Mon père avait été garde et il nous en parlait. J’ai toujours su qu’un jour je partirai à Rome », confie-t-il.
À 21 ans, il quitte son village de Chamoson pour rejoindre les rangs de la plus petite armée du monde. Fondée en 1506 par le pape Jules II, la Garde suisse incarne depuis plus de cinq siècles la fidélité et la bravoure au service du successeur de Pierre. Chaque recrue prête serment devant Dieu et l’Église, promettant de défendre, si nécessaire au péril de sa vie, le Saint-Père. L’assermentation, prévue traditionnellement le 6 mai a cette année été reportée à l’automne, suite au décès du pape François. Martin devra donc patienter quelques mois de plus avant de prononcer solennellement son engagement.
Mais l’essentiel est ailleurs. Très vite, Martin découvre que la vie de garde suisse, faite de longues heures de veille souvent seules et silencieuses, est avant tout une école intérieure. Dans une société agitée et bruyante, c’est une grâce de pouvoir s’arrêter, faire silence, se retrouver face à soi-même et face à Dieu. Ce service, loin de se résumer à l’uniforme ou au prestige, appelle à l’humilité, à la fidélité et à la disponibilité du cœur.
« Je me rappellerai toujours cette nuit dans le palais apostolique où j’ai réalisé qu’à ce moment précis, il n’y avait que des Valaisans en service à l’intérieur. Au fond de moi je me suis exclamé : "C’est le Valais qui garde le pape !"»
Jour après jour, Martin s'appuie sur la prière et la messe pour nourrir son engagement. « Nous avons la chance incroyable d'avoir des messes régulières à proximité. Personnellement, je sens la différence quand je vais plus souvent à la messe, les difficultés de la vie prennent une tout autre tournure.»
Le jeune Valaisan est émerveillé par la beauté des lieux qu’il protège, mais ce qui le touche le plus, c’est l'amitié fraternelle née avec ses compagnons d'arme. Une amitié forgée dans l’effort, le service, et la foi partagée.
À Rome, Martin redécouvre chaque jour la valeur du sacrifice et du don de soi : « Aujourd'hui, beaucoup oublient qu’« il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ». Ici, nous l’expérimentons chaque jour. » Malgré les défis, il assure sans hésitation « plus l’on donne, plus l’on reçoit ».
Par Domitille Roduit, page Eglises du Nouvelliste, samedi 3 mai 2025