Mais, c’est Pâques!
Tout avait été catastrophique au point que même les plus valeureux s’étaient éclipsés. L’histoire se répète. En ces jours-là, comme en celui-ci, le désespoir était une nourriture quotidienne, ou pour le dire à la manière de Bernanos, une sorte de boisson quotidienne, «le pire des élixirs du démon». Ce mal qui peut aller jusqu’à ronger le cœur des individus confrontés à l’échec d’une vie familiale, d’une activité professionnelle; au vide laissé par la perte d’un être cher; ce mal encore, de ne pas trouver pour son cœur fait pour la rencontre, un simple regard humain capable de le sauver du gouffre creusé par trop de solitude et faussement comblé par la superficialité. Aujourd’hui, ce poison touche non seulement quelques individus, il se répand dans la société entière, non plus au rythme des marcheurs fatigués au soir de leur retour, mais à la vitesse de transmission que permettent les réseaux sociaux. Ainsi, tout le monde en parle et c’est une sorte de dépression collective: et nous qui espérions...
Notre façon d’avaler les événements et de les commenter génère un climat social coloré d’une morosité déprimante. Vous allez croire que ce propos ne fait qu’en rajouter une couche! Or, non! Ce que je pourrais rajouter à la liste des raisons de désespérer c’est une litanie de graves conflits. Mais, c’est Pâques! Et l’événement qui y est célébré, vient non pas gommer, mais étonnamment dépasser nos désespoirs humains. Nos deux noctambules, après avoir fait le récit des raisons de ne plus y croire, reconnaissent que, vraiment, quelque chose qui n’est rien d’autre que le témoignage de quelques femmes, les a bouleversés. Cet ébranlement intérieur va ouvrir le chemin d’une rencontre inouïe.
Saint Benoît pourrait témoigner d’une rencontre qui a ébranlé à jamais deux de ses frères. Ceux-ci sont envoyés par leur supérieur de monastère vers Benoît qui vivait hors du temps et en ermitage. Ils ont mission de lui rappeler que c’est aujourd’hui jour de grande fête, puisque c’est Pâques. A l’annonce de la nouvelle, Benoît réagit du profond de son regard d’espérance: bien sûr que c’est Pâques, puisque vous êtes là!
Pâques, c’est l’heure de l’espérance. Il est temps de croire que nous pouvons en être témoins les uns pour les autres. Ce dont témoignent les chrétiens les porte à regarder au- delà du désespoir, jusqu’en Dieu. Il est lui notre espérance. Pâques nous parle de sa proximité déposée en germe en chacun de nous. Chers lecteurs, bien sûr que c’est Pâques puisque vous voilà.
+JEAN-MARIE LOVEY CRB, ÉVÊQUE DE SION, page Eglises du Nouvelliste du 4 avril 2026