Les grands-parents peuvent-ils transmettre la foi ?
Une foi ancrée dans l’histoire familiale
Lorsque je franchis le seuil de leur maison familiale à Saillon, Danièle et Pierre m’accueillent avec chaleur. Chez eux, la foi n’est pas un discours, mais une présence. Pierre a grandi dans un cadre où la pratique religieuse était une évidence, mais c’est aux côtés de Danièle qu’il a découvert une foi plus intime et personnelle.
Cette foi a été un roc lorsque leur fille, jeune maman, est décédée. « Sans la foi, nous aurions sombré », confie Pierre, la voix tremblante. Aujourd’hui, il porte quotidiennement dans sa prière ses treize petits-enfants et huit arrière-petits-enfants. « Peut-on transmettre la foi ? Je ne sais pas… Mais être un exemple, oui », dit-il humblement.
Témoigner sans imposer
Conscients des distances qui se creusent parfois avec l’Église, ils choisissent d’accompagner leurs petits-enfants avec délicatesse. « On leur dit simplement que nous prions pour eux, que nous allons à la messe, mais nous respectons leur liberté » Pierre, avec un sourire malicieux, avoue : « Je prie un peu plus pour ceux qui ne pratiquent pas, j’ajoute un Je vous salue Marie à mes intentions. »
Leur priorité ? Maintenir un lien vivant avec leurs petits-enfants. Plutôt que de grandes réunions familiales, ils privilégient des repas plus intimes, où la confiance peut s’exprimer. « Notre grande joie de grands-parents c’est d’avoir le temps de les écouter », explique Danièle. « Notre règle, c’est de ne parler que de la personne présente, pas des frères et sœurs ou des cousins. »
Laisser germer les graines
Ils acceptent que certains sujets doivent être abordés avec mesure. « Parfois, parler de foi trop longtemps les ennuie », reconnaît Danièle. Pourtant, des graines germent. Une de leurs petites-filles, en voyage, leur a récemment écrit avoir découvert un lieu qui lui rappelait Lourdes, où ils l’avaient emmenée enfant.
Face à la crise des abus dans l’Église, ils rappellent à leurs petits-enfants les nombreux prêtres qui ont marqué leur vie par leur engagement lumineux. Pierre souligne : « il n’y a aucune autre assemblée où on peut entendre autant de paroles d’espérance et de joie qu’à l’église. » Malgré la tristesse de voir certains s’éloigner, ils restent confiants. « Ils sont et resteront toujours enfants de Dieu. » Avec simplicité, Danièle et Pierre continuent d’aimer, d’accueillir et de prier, confiants que la foi peut renaître, parfois là où on l’attend le moins.
Domitille Roduit dans la page Eglises du Nouvelliste du 22 mars 2025