Les 100 premiers jours d'un père abbé
Mgr Alexandre Ineichen, vous êtes le nouvel abbé de Saint-Maurice. Pour celles et ceux qui ne vous connaitriez pas encore, comment vous présenter en quelques mots ?
Né à Berne, d’origine lucernoise par mon père et vaudoise par ma mère, j’ai vécu ma jeunesse dans le Chablais. Après ma maturité, je suis rentré à l’Abbaye de Saint-Maurice pour devenir religieux. Ordonné prêtre en 1994, j’ai travaillé à l’internat et au collège comme professeur de mathématiques. J’en suis devenu le recteur en 2007. En quelques mots, enraciné dans cette terre d’Agaune, qui a vu mourir une légion romaine, Maurice et ses compagnons, témoins de Jésus Christ.
Cela fait un peu plus de 100 jours que vous avez reçu votre charge de père abbé. Si vous deviez donner un titre à ce nouveau chapitre de votre vie, lequel serait-il, et pourquoi ?
Garant de l’unité, d’une tradition pour l’avenir. En effet, l’abbé d’un monastère doit ou essaie d’être le signe et le promoteur de l’unité de la communauté, de poursuivre ce qui a été initié, ici il y a plus de 1500 ans, de transmettre le flambeau, non par nostalgie, mais parce que l’avenir nous réserve toujours de belles surprises. L’Esprit souffle où il veut.
Y a-t-il un geste ou un petit rituel que vous avez changé ou adopté depuis votre nomination
Les obligations sont moins contraignantes comme un rythme scolaire. Je peux me lever encore plus tôt, mais trouver dans l’après-midi un temps pour me reposer, par exemple.
Qu’avez-vous découvert de l’Abbaye - ou de vous-même - que vous n’imaginiez pas avant votre nomination ?
Combien les gens peuvent être attachés à ce lieu, à cette institution et tiennent à nous le faire savoir.
Qu’est-ce qui vous donne aujourd’hui de la joie dans cette mission ?
Les multiples rencontres de personnes de tout horizon, culture. Les multiples tâches à accomplir, très, très diversifiées.
Qu’aimeriez-vous préserver absolument de l’héritage reçu et, à l’inverse, qu’est-ce qui, selon vous, doit évoluer ?
L’héritage à transmettre est vivre et annoncer l’Évangile de Jésus Christ que nous ont donné, entre autres, ces grands témoins que sont Maurice, Augustin et aussi bien d’autres, souvent inconnus. A l’inverse, supprimer tout ce qui ne répond pas à cet héritage. Cependant, il faut beaucoup de discernement pour préserver l’héritage et le protéger de ce qui ne le concerne pas.
Depuis votre nomination, être abbé a-t-il changé votre manière de célébrer la liturgie et votre vie de prière ? Y a-t-il un texte biblique qui vous accompagne particulièrement en ce moment ?
Ma vie de prière, ma manière de célébrer n’a pas fondamentalement changé. C’est un travail de longue haleine et je n’ai pas fini de m’y atteler. Ma devise : « insister à temps à contretemps » est un résumé – peut-être difficile à saisir par ces quelques mots – tiré d’une lettre de saint Paul donnant des conseils d’évangélisation à Timothée. Tout un programme donc.
Quelle est aujourd’hui votre priorité principale pour les mois à venir ?
Retrouver la confiance c’est-à-dire que chacun : confrères, fidèles de notre territoire, plus largement tous ceux qui nous côtoient, puisse en toute liberté trouver sa vraie vocation, répondre à l’appel de Dieu où il se trouve et au temps voulu.
Comment définiriez-vous la mission de l’Abbaye dans le monde actuel et quelle espérance portez-vous pour les années à venir ?
Elle doit être le lieu où l’Évangile est annoncé avec son histoire, sa richesse culturelle, cultuelle. Un lieu d’accueil, mais aussi de vie avec ses contraintes, mais aussi ses possibilités d’épanouissement pour chacun. Espérance est une vertu qui nous pousse à agir, à nous réjouir de l’avenir. Les promesses que le Christ a données à l’Église tout entière, nous réjouissent toujours, ici et maintenant, malgré toutes les épreuves.
Propos recueillis par Aline Jacquier
Crédits photos : Evidence photography