Le pape et l’évêque

Quelques jours après le décès du pape François, Mgr Jean-Marie Lovey revient de façon plus personnelle sur cet événement.

Le Pape François est mort le 21 avril. Au milieu des multiples réactions, hommages et analyses affluant du monde entier, l’évêque de Sion Jean-Marie Lovey partage quelques souvenirs personnels de ses rencontres avec le Pape argentin, et évoque la manière dont celui-ci a inspiré son propre épiscopat.

Mgr Lovey, quelques jours après l’annonce de la mort du Pape François, comment vivez-vous cet événement ?

Je reste frappé par la forte dimension symbolique de la date de son ultime passage vers Dieu. Jusqu’au bout, le Pape a fait ce qu’il a dit et enseigné. Il a célébré Pâques, le passage du Christ de la mort à la vie, et il l’a suivi. La veille, il saluait encore des pèlerins sur la Place St-Pierre, et il recevait le Vice-Président des Etats-Unis. Ses dernières paroles officielles auront été la bénédiction pascale donnée « à la ville et au monde », comme le point final correspondant au « Bonsoir » de son premier contact avec la foule amassée le jour de son élection, le 13 mars 2013. Tout au long de ces douze années, il a donné sa vie jusqu’à l’extrême de ses forces.

Comme évêque, vous avez rencontré le Pape à plusieurs reprises. Quels souvenirs en conservez-vous ?

Je pense d’abord aux deux visites « ad limina » des évêques suisses à Rome, en 2014 et en 2021. D’emblée, nous avons été impressionnés par sa cordialité et sa simplicité. La dernière fois, le jour de notre audience avec lui, le Président Macron était annoncé au Vatican. Nous pensions que le programme allait être modifié. Mais le Pape nous a reçus pendant deux heures, plus longtemps que prévu, et il semblait avoir tout son temps. Les chaises étaient placées en rond dans la salle, il s’est assis à nos côtés et a lancé la conversation en disant : « Que celui qui veut prendre la balle commence ».

Il y a aussi eu des rencontres spéciales avec les nouveaux évêques ?

Comme tous les nouveaux évêques, j’ai été invité pour dix jours de formation à Rome. Le Pape, qui nous reçus le dernier jour, nous a frappés par son insistance à rappeler que la première mission de l’évêque est de prier. Quelques années plus tard, j’ai aussi participé à un « recyclage » destiné aux évêques après cinq ans d’épiscopat. On y parlait du Synode sur l’Amazonie qui allait se tenir peu après, et un évêque demandait au Saint-Père quelles en seraient les conclusions. Le Pape a répondu : « Je n’en sais rien ! Si on fait un Synode, c’est pour s’écouter et écouter l’Esprit-Saint. Nous verrons bien ce qu’il nous dira ! » C’est un trait caractéristique de la spiritualité du Pape François : son immense confiance en Dieu, source de sa profonde sérénité en dépit de toutes les tempêtes.

Avez-vous le souvenir d’une parole personnelle du Pape pour vous lors d’une de ces rencontres ?

La première fois, peu après ma nomination, je venais de choisir ma devise épiscopale, qui reprend le titre de la première exhortation du Pape François : « La joie de l’Evangile » (Evangelii Gaudium). Je l’ai dit au Pape, qui m’a répondu en riant : « C’est très bien ! Faites en sorte que ce ne soit pas seulement une devise, mais un programme de votre épiscopat ».

Dix ans plus tard, pensez-vous que cela a été le cas ?

C’est en tout cas ce que j’ai essayé. Je reste d’ailleurs frappé de voir combien le Pape François aura réussi à mettre en mouvement l’Eglise entière autour des grandes intuitions de son pontificat. Dans notre diocèse, on peut noter par exemple, dans le domaine de la proximité envers les pauvres et l’attention aux « périphéries », le développement de la « Maison de la diaconie et de la solidarité » et du « Verso l’Alto », ou la création de la « Fondation valaisanne Pape François », qui vient en aide aux personnes en situation de précarité et représente une concrétisation de l’Année de la Miséricorde en 2016. Pour les questions de la sauvegarde de la création, j’ai nommé un couple diaconal très investi dans cette thématique. Nous avons également introduit diverses mesures diocésaines dans le domaine de la lutte contre les abus en Eglise et de leur prévention – et Dieu sait si le Pape François s’est impliqué dans ce combat. Les relations œcuméniques et la synodalité sont aussi des domaines où le diocèse, à sa mesure, se propose de mettre en œuvre les axes majeurs du pontificat de François, dont nous commençons à peine à saisir la valeur de l’héritage qu’il nous laisse.

Propos recueillis par Pierre-Yves Maillard, page Eglises du Nouvelliste, samedi 26 avril 2025

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