En souvenir du Pape François - Homélie de Monseigneur Lovey
Depuis 10 jours, le livre des Ac accompagne notre chemin pascal. Il y a 10 jours, nous fêtions Pâques. Au petit matin, nous avons couru au tombeau. Marie-Madeleine, l’apôtre des apôtres ouvrait la marche ; elle est arrivée la première pour constater que le tombeau est vide. On a enlevé le Seigneur de son tombeau et on ne sait pas où on l’a déposé (Jn 20, 2). Sa course a entraîné celle de Pierre et de Jean. Ceux-ci font le même constat. Personne dans le tombeau, mais tout est bien rangé : les linges posés à plat et le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posés avec les linges, mais roulé, à part, à sa place. cC’est alors que Jean entre dans le tombeau ; il vit et il crut.
Cette scène semble se reproduire dans le récit que les Actes des Apôtres relatent aujourd’hui. Cette fois, se sont tous les apôtres qui sont placés dans cet autre tombeau qu’est la prison. Ils sont mis sous bonne garde ; pas moyen donc d’en échapper. Une fois encore, à la faveur d’une nuit mystérieuse, a lieu l’événement bouleversant. Le cachot est parfaitement verrouillé, les gardes en faction devant les portes, mais, quand nous avons ouvert, nous n’avons trouvé personne à l’intérieur (Ac 5, 24). Tombeau vide ! Prison vide ! Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant ? il n’est pas ici, il est ressuscité.
Le Pape François a connu le tombeau de la maladie qui l’a littéralement emprisonné durant de longues semaines. Au matin de l’octave pascale, après avoir adressé ses vœux Urbi et Orbi et avoir béni une dernière fois la foule, il s’en est allé dans la lumière nouvelle. Il venait de célébrer la Pâque de Jésus, son passage vers le Père. On pourrait dire que jusqu’au bout, le pape François a été cohérant ; il met en application ce qu’il vient d’annoncer en faisant lui-même son passage en Dieu.
Ne peut-on pas voir là un signe de la Providence qui lui permet d’exprimer au monde entier ce que sa voix ne pouvait plus laisser entendre : Le lundi de Pâques, en mourant, il nous a donné son ultime enseignement pontifical : son décès proclame que nos vies sont destinées à se laisser complètement transfigurer par la lumière du Ressuscité.
Et notre espérance nous permet de savoir qu’il est lui, François, déjà tout enveloppé dans la lumière de la Résurrection. Ainsi, notre célébration prend la couleur d’une action de grâce ; elle est l’expression d’une reconnaissance envers Dieu et envers le Pape.
Reconnaissance à Dieu qui a donné pour le temps que nous traversons, le berger qu’il fallait. Il a été un don non seulement pour l’Eglise, mais pour le vaste monde hors des murs de lÊglise. Les murs enferment, emprisonnent comme ceux d’un tombeau. Il a voulu une Eglise sans murs ; il n’a cessé de demander qu’elle sorte de ses murs pour rejoindre toutes les Galilés où le Vivant nous précède et nous attend. La lumière nous a redit St Jean est venue dans le monde et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière… (Jn 3. 19)
Dans ce monde le mal et la souffrance demeurent. Demeure encore le combat entre les ténèbres et la lumière.
Si la Résurrection de Jésus ne supprime pas notre mort ; elle vient la traverser, la renverser, la transformer. Quand un être cher meurt, y compris si c’est le Pape, nous sommes touchés, bouleversés, mais dans ce bouleversement nous percevons la lumière qui n’est rien d’autre que cet amour que Jésus lui- même a offert en allant jusqu’au bout ; cet amour auquel le Pape n’a cessé de donner un visage d’évangile. Oui, merci Pape François de nous donner vraiment envie d’être chrétiens en étant témoins de l’Evangile de Jésus pour qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.
C’est bien cette bouleversante nouvelle que St Jean nous transmet dans son évangile : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Dieu a envoyé don Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que par lui le monde soit sauvé.
Le Pape François en a été le signe. Il est allé s’asseoir à la table des pauvres, des exclus de ce monde. Il a lavé les pieds des prisonniers, sans distinction de religion. Il s’est mis à genoux devant des chefs d’Etat pour les supplier de chercher des chemins pour la paix. Certains s’en sont moqué et beaucoup l’ont admiré. Il n’a jamais voulu d’une Eglise refuge et encore moins d’une Eglise repli. Au contraire, il la voit comme une famille où il y a de la place pour tous, tous ! tous !
Par Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion