Un temps qui passe... et des voeux pour demain
Il semble que c’était hier ! Hier que nous nous formulions, pour les répandre à la ronde, toutes sortes de bons vœux pour la nouvelle année 2025 ! Et nous voilà un an plus tard rendus, tous, au même lieu. En réalité, non ! nous ne sommes ni au même lieu, parce que tout s’est déplacé de 365 jours, ni tous présents parce qu’au fil de ce déplacement, beaucoup nous ont quittés. Ce constat du temps qui passe et du rythme de l’échange de vœux dans la perspective de l’année à venir, me renvoie à la réflexion magistrale de St Augustin sur le temps.
« Qu’est-ce qu’en effet que le temps ? se demande-t-il. Qui saurait en donner avec aisance une explication ? » Puis vient son aveu dans lequel beaucoup d’entre nous se reconnaîtront certainement, à propos d’autres sujets : « Si personne ne me pose la question, je le sais ; si quelqu’un me pose la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus. » La réflexion d’Augustin sur le passé qui n’est plus, sur le futur qui n’est pas encore l’a amené à observer la dimension spirituelle du temps. Ce temps qui passe qu’on ne peut ni retenir (Ô temps suspens ton vol), ni accélérer est à accueillir d’abord comme une invitation à déplacer l’attention, de ce qui passe vers ce qui ne passe pas ; ainsi le temps ne coule pas comme un long fleuve vers le passé qui l’engloutirait, mais vers l’éternité. Le temps est une réalité spirituelle qui peut être évaluée à son poids d’éternité. C’est dans le cours du temps qui passe que se développe, grandit dans le cœur de l’homme son désir d’être heureux, son désir d’éternité. Bonne et heureuse année est un merveilleux souhait, lourd d’un poids d’éternité. Souhaiter Bonne et heureuse année, c’est refuser de laisser les événements à venir dériver au gré des forces aveugles ; accepter le souhait c’est œuvrer en vue d’instaurer la paix et la justice.
C’est dans le cours du temps qui passe que grandit dans le cœur de l’homme son désir d’être heureux, son désir d’éternité.
Cher lecteur, je vous souhaite Bonne et heureuse année. Que chacun des jours que compte la nouvelle année soit un présent. Augustin dira : il n’y a pas trois temps, le passé, le présent et le futur. Il n’y a que le présent. Le présent du passé et c’est la mémoire ; le présent du futur et c’est l’attente et le présent du présent et c’est l’attention. Bonne et heureuse année pour que nous soyons dans l’attention à l’expérience spirituelle qui se joue au quotidien ; chaque jour qui nous est donné à vivre contient son poids d’éternité. Dans le rayonnement de Noël résonne encore cette ultime pensée du grand théologien africain : ‘’Pour toi le Christ s’est fait temporel afin que tu deviennes éternel.’’
+Jean-Marie Lovey crb
Evêque de Sion