Crans-Montana : La difficile tâche des aumôniers
Vous étiez présent sur les lieux peu après le drame. Quelle est la chose qui vous paraît importante en tant qu’accompagnant spirituel ?
C’est la capacité à être là pour la personne, la capacité à aller la chercher là où elle se trouve pour lui donner la possibilité d’exprimer ce qu’elle ressent.
Il semble que beaucoup de gens se demandent pourquoi Dieu permet de tels drames.
Chaque malheur qui nous frappe nous incite à revoir notre positionnement face à Dieu. Pour certains, cela va renforcer leur foi ; pour d’autres, cela va la remettre en question, ou peut-être même l’anéantir. De la même façon, une catastrophe peut conforter les personnes incroyantes dans l’idée que Dieu n’existe pas. Si la question du rôle de Dieu dans le drame est fréquente, d’après mon expérience elle ne se pose pas tout de suite. Elle est liée au « pourquoi », c’est-à-dire au sens que nous allons donner à l’événement. Et cela, c’est une réflexion qui vient dans un second temps. Ce que je constate également, c’est que la question du pourquoi n’a pas exactement la même portée existentielle selon qu’il s’agit d’une maladie ou d’une catastrophe naturelle, par exemple, ou d’un drame comme celui de Crans-Montana, où l’on va rapidement rechercher une éventuelle responsabilité humaine. Mais quelle que soit la nature de l’adversité, tôt ou tard les gens se demandent pourquoi le malheur les a frappés, eux en particulier, ou pourquoi ils les épargnés. Et je pense que cette question peut durer toute la vie après un drame tel que celui de Crans-Montana. Parfois, on arrive à trouver une réponse, parfois non.
Qu’est-ce qui peut faire la différence ?
À mon avis, cela dépend beaucoup de l’image que nous avons de Dieu. Si nous sommes persuadés que la toute-puissance de Dieu doit préserver du malheur les bonnes personnes, alors le drame va mettre à mal cet idéal. Il en va différemment si nous pensons que Dieu est solidaire de notre humanité, dans nos joies comme dans nos peines. Personnellement, je crois en un Dieu qui se fait partenaire de nos vies, et à qui nous pouvons parler librement. Si j’ai envie de lui dire que je trouve que les choses injustes, inadmissibles, ou que je ne suis pas d’accord, je peux le faire : il a les épaules assez solides et il ne s’en ira pas.
Dans l’épître aux Romains, il y a un verset qui dit que l'affliction produit la persévérance, que la persévérance produit l’endurance, et que l’endurance mène à l'espérance. Comment expliquer cela à une personne qui souffre ?
Il y a beaucoup de versets sur la souffrance dans la Bible. Mais dans la vraie vie, il faut avoir du recul pour pouvoir éventuellement dire qu’une épreuve nous a fait grandir. D’ailleurs, si vous lisez l’histoire de Jonas, vous verrez qu’il reconnaît avoir été rejoint par Dieu au cœur de sa détresse, mais il en témoigne après coup.
Par Protestinfo, Francesca Sacco, 15 janvier 2026