Chemins de sens : quand jeunesse et initiation chrétienne se rencontrent

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Les 10 et 11 mars 2026, à l'Hôtellerie franciscaine de Saint-Maurice, la Plateforme jeunesse et la pastorale de l’initiation chrétienne ont vécu, pour la première fois, une session commune intitulée "Chemins de sens : quand jeunesse et initiation chrétienne se rencontrent". Cette rencontre était organisée conjointement par la Plateforme jeunesse Suisse romande, le Groupe de travail catéchèse et catéchuménat ainsi que le Centre Catholique Romand de Formations en Eglise (CCRFE).

Durant deux jours, agents pastoraux prêtres et laïcs, accompagnateurs et responsables venus de Suisse romande ont croisé leurs expériences, leurs questions et leurs pratiques autour d’un même constat : aujourd’hui, les chemins par lesquels les jeunes viennent à la foi sont multiples, souvent inattendus, mais ils appellent tous une Église capable d’accueillir, d’écouter, d’accompagner et de proposer. La session avait justement pour but de faire dialoguer deux mondes qui ont beaucoup à se donner : celui de la pastorale jeunesse et celui du catéchuménat. Dès le mardi matin, les agents pastoraux, prêtres et laïcs engagés dans ces deux domaines ont été invités à entrer dans une dynamique de rencontre et de partage d’expériences. Après un temps d’accueil, la journée s’est ouverte par une présentation de la réalité actuelle du catéchuménat en Suisse romande et des défis pastoraux qui en découlent.

Les participants ont ensuite travaillé en groupes mêlant volontairement des personnes engagées dans la pastorale jeunesse et dans l’initiation chrétienne. Cette diversité a permis de croiser les regards et de faire émerger de nombreuses questions communes : comment les jeunes arrivent-ils aujourd’hui jusqu’à l’Église ? Qu’est-ce qui favorise une véritable rencontre avec le Christ ? Comment accompagner des rythmes très différents dans les parcours de foi ? Quelle place donner à la communauté chrétienne, à la Parole de Dieu, au silence, aux rites et à une foi réellement vécue ?

Les échanges ont montré que les parcours des jeunes sont aujourd’hui souvent marqués par la diversité et parfois par la fragilité : jeunes baptisés mais éloignés de l’Église, recommençants, néophytes ou encore jeunes en recherche spirituelle. Dans ce contexte, l’accompagnement demande à la fois de l’écoute, de la souplesse et une capacité à proposer des chemins de foi progressifs et adaptés.

Cette réflexion s’inscrit dans un contexte marqué par une forte évolution. Les statistiques présentées en ouverture de la session ont mis en évidence une nette augmentation du nombre de candidats (baptême, confirmation ou première communion) en Suisse romande entre 2021 et 2026, avec une progression particulièrement marquée chez les 16-25 ans. Ces chiffres confirment que la question de l’initiation chrétienne des jeunes n’est pas marginale : elle est devenue un enjeu pastoral majeur.

La première journée s’est conclue par une célébration eucharistique à la Basilique de Saint-Maurice avec la communauté des chanoines de l’Abbaye. Puis, parce que la fraternité passe aussi par les traditions locales, les participants ont partagé une soirée raclette, dans la plus pure tradition valaisanne : un moment convivial qui a prolongé les discussions et renforcé les liens entre les participants.

Le mercredi matin, Mgr Alain de Raemy a apporté un premier éclairage. Il a souligné combien la présence de catéchumènes et de néophytes dans les groupes de jeunes représente une richesse pour toute l’Église. Leur cheminement, leurs questions, leur regard neuf et parfois leur exigence spirituelle viennent souvent réveiller la foi de ceux qui ont grandi dans un cadre chrétien plus habituel. Ils obligent à revenir à l’essentiel, à redécouvrir ce qui a été reçu, parfois sans en mesurer toute la portée. Il a aussi rappelé l’importance d’une Église synodale, capable d’écouter, de transmettre ce qui la précède et de ne pas s’enfermer dans le "on a toujours fait comme ça".

L’intervention de l’abbé Marco Gallo, directeur de l’Institut supérieur de liturgie à Paris et curé engagé dans la vie pastorale, a ensuite donné une profondeur théologique et pastorale particulièrement stimulante à la session. À partir de son expérience et de ses recherches, il a invité les participants à regarder avec lucidité le monde dans lequel vivent les jeunes aujourd’hui : un monde marqué par l’accélération, la pluralité des appartenances, la mobilité des références et ce qu’il appelle, à la suite de certains auteurs, une forme d’"apathéisme", où la question religieuse n’est pas combattue frontalement, mais devient simplement secondaire. 

Dans ce contexte, l'abbé Marco Gallo a insisté sur un point décisif : la foi chrétienne ne peut pas être proposée seulement comme un ensemble de valeurs ou de contenus à comprendre. Elle doit aussi être donnée à vivre comme une expérience. C’est là qu’intervient toute la richesse du langage rituel. Le rite, a-t-il rappelé, n’est pas d’abord un outil que l’on manipule, mais un espace symbolique reçu, dans lequel on entre progressivement. Il ne s’agit pas seulement d’expliquer, mais d’initier : au silence, aux gestes, à la parole proclamée, au chant, à la bénédiction, à la manière même d’habiter une célébration.  

Le catéchuménat apparait alors comme une véritable école pour toute la pastorale. Dans la logique du Rituel de l’initiation chrétienne des adultes (RICA), les rites n’arrivent pas seulement au terme du parcours : ils jalonnent le chemin, transforment peu à peu l’identité et impliquent toute la communauté. Entrée en catéchuménat, signation, appel décisif, scrutins, remises : autant de passages qui montrent que la foi se reçoit dans une histoire, dans des relations, dans un peuple et non dans une démarche purement individuelle. Pour l'abbé Marco Gallo, cette dynamique peut inspirer largement la pastorale des jeunes, y compris pour ceux qui ne sont pas catéchumènes. 

Trois pistes fortes ont ainsi émergé de son apport. D’abord, initier au langage rituel, sans jamais présupposer que les jeunes en connaissent les codes. Ensuite, utiliser le RICA comme ressource pastorale, même en dehors du strict cadre catéchuménal. Enfin, construire des communautés non sectaires mais clairement chrétiennes, où l’accueil est réel, où le dialogue est possible et où la proposition de foi est identifiable et assumée. 

La session a aussi été rythmée par la prière de l'Office du Milieu du jour avec les frères capucins, une lectio divina, le témoignage de Sarah, une néophyte et plusieurs ateliers pratiques. L’un d’eux invitait notamment les groupes à imaginer une rencontre inaugurale de début d’année pour des jeunes catéchumènes, néophytes et baptisés de longue date. Là encore, le travail commun a montré que les frontières entre pastorale jeunesse et initiation chrétienne sont plus poreuses qu’on ne le pense : mêmes besoins d’écoute, même nécessité d’un cadre sûr et fraternel, même importance d’une proposition claire, incarnée et communautaire. Les participants ont également pu bénéficier de la présence de la librairie Saint-Augustin, venue en voisine proposer une sélection d’ouvrages en lien avec les thèmes de la session.

Au terme de ces deux journées, une conviction semble s’être imposée : les jeunes ne demandent pas seulement des réponses, mais des lieux où ils puissent vivre une expérience vraie, être accueillis sans être jugés, découvrir un langage de foi habitable, et rencontrer une communauté qui marche avec eux. À l’heure où de plus en plus de jeunes frappent à la porte de l’Église, parfois après des parcours complexes, la rencontre entre pastorale jeunesse et initiation chrétienne apparait non seulement féconde, mais nécessaire. Cette session commune a offert un signe fort, plein d’espérance pour notre Église en Suisse romande !

Aline Jacquier

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