"Ce message n’est pas une fin en soi, mais un chemin qui mène à l’essentiel : Jésus-Christ"
1. Pourriez-vous vous présenter brièvement ?
Je m’appelle père José Carlos Vilas Boas e Sá. Ordonné prêtre il y a trente ans, je suis originaire du diocèse de Braga, au nord du Portugal, et je réside en Suisse depuis une quatorzaine d’années.
Au cours de mon ministère au Portugal, j’ai eu la chance de vivre des expériences très diverses : j’ai exercé aussi bien dans des paroisses urbaines que rurales, et assumé différentes responsabilités diocésaines, notamment comme notaire du diocèse, responsable de la pastorale des jeunes et assistant spirituel régional du scoutisme dans le diocèse de Braga. Je suis actuellement vicaire à Sierre et aumônier de la Mission portugaise du diocèse de Sion.
Toutes ces expériences m’ont permis de grandir dans mon sacerdoce et d’être au contact de réalités humaines et pastorales très variées.
2. Quel lien personnel avez-vous avec Notre-Dame de Fátima ? Que représente-t-elle pour vous ?
Mon lien avec Notre-Dame de Fátima est avant tout celui d’un chrétien et, dans mon cas, d’un chrétien ordonné. C’est une relation simple et naturelle. Dès l’enfance, j’ai été habitué, au sein de ma famille, à prier la Vierge Marie. Au séminaire, nous avons ensuite approfondi notre foi et notre amour pour le Christ, mais aussi pour Notre-Dame.
Comme beaucoup de Portugais, j’ai grandi dans des communautés où les fêtes mariales tenaient une place importante. Plus tard, dans mon ministère sacerdotal, j’ai presque toujours accompagné ou organisé des célébrations en l’honneur de Notre-Dame de Fátima, ce qui m’a conduit à cultiver davantage ce lien et à approfondir le message qui en est le cœur.
Pour moi, ce message n’est pas une fin en soi, mais un chemin qui mène à l’essentiel : Jésus-Christ, la conversion, la prière et une vie de foi plus authentique.
3. Pouvez-vous nous dire quelques mots de la dévotion de la communauté portugaise envers la Vierge ?
À mon arrivée en Suisse, j’ai découvert un terrain très favorable, où Notre-Dame occupe une place centrale dans la vie des immigrés. Il est rare, en effet, qu’une famille portugaise établie à l’étranger ne consacre pas au moins une journée à Fátima lors de ses vacances au Portugal. Je dis souvent que le sanctuaire est comme une demeure spirituelle pour nombre de nos compatriotes.
Pour la communauté portugaise, la dévotion à Fátima relève à la fois de la foi, de l’affection et de l’identité culturelle. Où qu’existe une communauté portugaise en émigration, Notre-Dame de Fátima y est présente, cela semble presque inévitable.
Ce lien se tisse à plusieurs niveaux : humain, affectif, culturel, social et spirituel. Fátima fait profondément partie de la mémoire collective de nombreux Portugais vivant hors de leur pays, et demeure un point de rassemblement, de consolation et d’espérance.
4. Dans ses apparitions, Notre-Dame du Rosaire appelle à la paix dans le monde. Pourtant, les conflits semblent aujourd’hui plus nombreux que jamais. Comment comprendre cela ? Ne prions-nous pas assez ?
Il est évident que la paix dans le monde ne s’obtient pas uniquement par la prière, comme si celle-ci constituait une solution magique. Mais prier pour la paix demeure essentiel, car la prière nous conduit à prendre conscience de ce qui la construit véritablement : l’amour, le respect, la fraternité, la coopération, la capacité de reconnaître en l’autre un frère.
La guerre, à l’inverse, naît presque toujours de l’absence de ces valeurs. Elle est le signe d’un cœur endurci, replié sur lui-même, incapable d’aimer vraiment. C’est précisément là que le message de Fátima demeure d’une actualité saisissante.
Ce message ne nous dit pas simplement que la prière fera disparaître les guerres. Il va bien plus loin : c’est avant tout un appel à la conversion du cœur humain. Notre-Dame vient nous rappeler l’Évangile, nous redire que Dieu désire la paix, parce que Dieu est amour.
Pourtant, nous demeurons si souvent loin du cœur du Christ, marqués par l’égoïsme, l’ambition, la volonté de puissance, comme depuis les origines de l’humanité. Le mal, la violence et la guerre ne viennent pas de Dieu ; ils naissent de nos choix, de nos fermetures intérieures, de notre incapacité à vivre selon l’amour.
5. Que devons-nous retenir de ces messages pour notre temps ?
Ce que le message de Fátima nous adresse avec le plus de force, c’est cet appel à la conversion, qui est aussi, fondamentalement, l’appel de Jésus au seuil de sa mission publique : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile, car le Royaume de Dieu est proche. »
Si nous voulons un monde meilleur, nous avons besoin d’une humanité renouvelée. Nous avons besoin d’hommes et de femmes capables de se projeter au-delà de l’immédiat, au-delà du plaisir éphémère et d’un certain matérialisme ambiant, pour habiter une vision plus haute de l’homme et du monde.
Laisser le monde un peu meilleur passe précisément par là : accueillir l’amour que Dieu nous offre et le mettre au service des autres et de la société. C’est là que se joue la véritable transformation du monde.
Propos recueillis par Domitille Roduit
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