Blatten : Sous les éboulis, des gestes d’espérance
À Blatten, le paysage a changé, et avec lui, la vie des habitants. Le drame du 28 mai a englouti plus qu’une route et des bâtiments : il a arraché un lieu de prière, témoin silencieux des générations passées. L’église du village a été détruite par l’éboulement. Pour les habitants du Lötschental, c’est une blessure à l’âme.
« C’était une église magnifique, qui nous était très chère, témoigne l’abbé Thomas Pfammatter, curé de Blatten. Nous y avons célébré de nombreux mariages, baptêmes et enterrements… Cette perte touche notre sentiment d’appartenance, comme si une partie de nous-mêmes manquait à présent. » L’avenir est incertain. « Nous ne savons pas si et quand une nouvelle église pourra être construite. Cela semble encore très lointain. »
Face à la détresse, le curé fait ce qu’il peut : « Je suis tout aussi affecté que les gens d’ici, je me contente de les écouter. Cette écoute et cette possibilité de s’exprimer apportent certainement du réconfort. » Des marques de solidarité affluent de tout le pays, parfois même de l’étranger. Une vague silencieuse de compassion, qui traverse les montagnes.
Dans l’église détruite se trouvait une représentation du Christ souffrant. Une image qui, aujourd’hui, prend un sens nouveau. « Les blessures du Christ sont aussi nos blessures. Ses larmes sont aussi les nôtres. »
L’évêque de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey, a lui aussi adressé un message bouleversant aux habitants de la vallée. « Ce qui vous arrive est terrible. Avec tous les habitants du Valais et beaucoup d’autres encore, j’ai les yeux sur votre village et le cœur déchiré. Je pleure sur Blatten. Mes yeux et mon cœur regardent plus loin que le glacier, plus haut que la montagne, plus haut que les cieux. Par la prière pour vous et avec vous, je veux rejoindre le cœur de Dieu. »
Il invite à puiser dans la foi cette force qui a porté les générations passées. « C’est la montagne et le glacier qui se sont effondré, pas votre foi, ni surtout la présence de Dieu à vos côtés ! » Et de rappeler cette promesse d’Isaïe : « Les montagnes pourraient s’effondrer, les collines s’ébranler, mais mon amour pour toi ne s’en ira pas. »
De tout le canton et plus loin, nous voyons fleurir de nombreux gestes d’espérance. Près de cinq millions de francs ont déjà été récoltés. La Chaîne du Bonheur, la Croix-Rouge et tant d’autres entreprises ou particuliers – laiteries, caves, associations – apportent leur aide. Ces dons, les courriers et nombreux messages viennent en effet confirmer à Blatten : mon amour ne s’en ira pas.
Domitille Roduit, page Eglises du Nouvelliste, samedi 7 juin 2025