Le bien commun et la destination universelle des biens 5/8

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Magnifique Humanité !

Le pape nous rappelle que le véritable progrès ne se mesure pas seulement à la croissance économique ou aux performances technologiques, mais à notre capacité à permettre à chaque personne et à chaque peuple de vivre dans la dignité. Un développement authentique est celui qui prend soin de l'être humain tout entier, de la création et des générations futures.

Le bien commun et la destination universelle des biens

Le développement humain intégral

82. Dans l’Encyclique Populorum progressio, Paul VI affirme que le développement n’est authentique que s’il est « intégral », c’est-à-dire « orienté vers la promotion de chaque homme et de l’homme tout entier ». [110] Au cours des décennies suivantes, la Doctrine sociale de l’Église a repris et approfondi cette expression pour indiquer la manière concrète dont les grands principes – dignité, bien commun, destination universelle des biens, subsidiarité, solidarité, justice sociale – trouvent leur application dans l’histoire. Par “développement humain intégral”, nous entendons un processus dans lequel la croissance des personnes et des peuples concerne toutes les dimensions de l’existence et ouvre le futur aux générations à venir.

83. Le développement, tant pour les personnes que pour les nations, est à la fois un devoir et un droit : il exige des conditions minimales qui permettent à chaque personne et à chaque peuple de s’épanouir selon sa dignité, sans être maintenu dans la dépendance ou exclu de l’accès aux biens nécessaires. Le développement est humain lorsqu’il place au centre les personnes et non l’accumulation de biens, mais aussi lorsqu’il concerne les peuples, et non seulement les individus. La justice exige la reconnaissance des droits sociaux et des droits des peuples, et inclut la responsabilité envers ceux qui viendront après nous. C’est pourquoi un développement qui augmente la consommation de certains en faisant peser les coûts et les souffrances sur d’autres, ou encore qui relègue des régions entières à des rôles subordonnés en les empêchant d’exprimer leur potentialité, n’est pas humain. [111] Le développement est intégral lorsqu’il ne se réduit pas au domaine économique, mais qu’il favorise la qualité de vie dans ses dimensions spirituelles, culturelles, morales et relationnelles, dans le respect de la Maison commune, de la diversité des peuples et de leurs modes de vie. [112]

84. L’idée de développement humain intégral trouve aujourd’hui un critère de vérification décisif dans l’écologie intégrale, devenue une dimension incontournable de la Doctrine sociale de l’Église. La qualité du développement se mesure en effet à sa capacité à concilier, sans les séparer, la justice envers les personnes et la sauvegarde de la Maison commune, favorisant des conditions de vie dignes, l’accès aux biens nécessaires, des relations sociales justes, l’attention à la création et aux générations futures. Il s’ensuit que ce n’est pas un véritable progrès que d’accroître le bien-être de certains en dégradant les écosystèmes, en faisant reposer les coûts sur les communautés les plus vulnérables ou en compromettant les conditions de vie de ceux qui viendront après nous.

85. Ainsi compris, le développement humain intégral est l’horizon à partir duquel nous pouvons lire les transformations de notre temps, y compris celles de la révolution numérique. Les innovations technologiques – notamment l’intelligence artificielle – ne sont pas neutres : elles peuvent favoriser la participation et la justice, ou bien aggraver les inégalités, le contrôle et l’exclusion. C’est pourquoi elles doivent être évaluées à l’aune d’une question décisive : contribuent-elles réellement à faire grandir les personnes et les peuples en humanité et en fraternité, dans le respect de la Maison commune et des générations futures ? C’est là que les principes de la Doctrine sociale deviennent des critères concrets de discernement pour les thématiques que nous aborderons dans les chapitres suivants.

Un examen pour l’Église

86. Pour conclure, je voudrais aborder un point qui me tient particulièrement à cœur. La Doctrine sociale n’est pas seulement un message adressé à la société : c’est aussi un examen de conscience pour l’Église, maison et école de communion, toujours appelée à vérifier que les principes évoqués dans ce chapitre sont d’abord vécus en son sein. Le bien commun, dans le contexte ecclésial, prend le visage d’un style synodal pour la mission au service du Royaume. L’Église, en effet, est le « sujet communautaire et historique de la synodalité et de la mission ». [113] Cela exige de prêter attention à la manière de prendre des décisions et d’exercer la responsabilité. Le Document final du Synode identifie, parmi les pratiques décisives pour la transformation missionnaire, la culture de la transparence, du rendre-compte et de l’évaluation. [114]

87. Dans cette perspective, la subsidiarité devient un critère de gouvernement et de vie pastorale qui reconnaît et soutient la responsabilité des fidèles et des instances ecclésiales intermédiaires, valorise les charismes et les compétences et évite tout paternalisme qui étouffe la liberté évangélique. Concrètement, la participation des baptisés aux processus décisionnels et la coresponsabilité dans la mission passent par des organismes de participation réels, et non nominaux. [115]

88. Pour la communauté chrétienne, la solidarité trouve sa source dans le mystère du Christ et se nourrit de l’Eucharistie. Elle naît de la communion dans la foi et dans les Sacrements : le Baptême et la Confirmation nous unissent au Christ, pour faire de nous un seul corps et un seul esprit, un seul cœur et une seule âme (cf. Ep 4, 4 ; Ac 4, 32). L’Eucharistie, sacrement de l’unité, nourrit notre appartenance au Corps du Christ et nous éduque au partage. Les différentes sensibilités présentes dans l’Église, les convictions fortes qui animent chacun, sont une richesse si elles restent ancrées dans la certitude de l’unité comme don reçu et tâche à assumer.

89. Vivre la justice dans l’Église signifie assainir les relations et les structures ecclésiales de ces distorsions qui engendrent des inégalités, de l’opacité et des abus de pouvoir. À ce propos, l’écoute des victimes d’abus spirituels, économiques, institutionnels, sexuels, de pouvoir et de conscience fait partie intégrante d’une démarche de justice comprenant la reconnaissance du préjudice, la juste réparation et la prévention. Tout pouvoir est au service de la communion et de la mission. Toute autorité est au service du peuple de Dieu. Cette diaconie se manifeste non seulement dans la foi célébrée et vécue dans les Sacrements, dans l’adoption d’un style synodal, mais aussi dans le partage concret des biens : à l’exemple de l’Église des origines, les ressources ecclésiales sont appelées à devenir réellement communes, afin que nul parmi nous ne soit dans le besoin (cf. Ac 4, 34) et pour que leur administration soutienne la mission d’annonce de l’Évangile aux plus pauvres. Il faut promouvoir des formes régulières d’évaluation de l’exercice des responsabilités ministérielles qui ne soient pas un jugement sur les personnes, mais des instruments d’apprentissage et de correction tournés vers la mission. [116] Dans la mesure où nous sommes ouverts à l’action de l’Esprit Saint, ces principes de la Doctrine sociale prennent corps dans la vie ecclésiale. C’est ainsi que l’Église est capable d’offrir à la société un signe crédible : la recherche commune du bien de tous, dans la coresponsabilité et la fraternité, n’est pas une utopie, mais une possibilité réelle. [117]

Pistes de réflexion

  • Mes choix quotidiens tiennent-ils compte des personnes les plus fragiles et des générations futures ?
  • Comment puis-je contribuer, à mon échelle, à construire un monde plus juste, plus fraternel et plus respectueux de la création ?
     

Petit pas de la semaine :
Avant un achat ou une décision importante cette semaine, prenez quelques instants pour vous demander : "Ce choix est-il bon seulement pour moi, ou aussi pour les autres et pour la création ?"
 

Anonyme, La multiplication des pains, (mosaïque du VIe siècle, détail). Basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, Italie. Domaine public.

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